Voyage au centre de la ville

Publié le 28 août 2017

Au Moyen-Âge, les bâtisseurs de Pontoise ont trouvé dans son sol calcaire la pierre nécessaire à son édification. Aujourd’hui, 900 cavités répertoriées font de la ville royale un véritable gruyère historique et touristique.

Entre le XIIe et le XVIe siècle, une ville sous la ville s’est peu à peu dessinée à Pontoise. Les carrières de calcaire creusées et exploitées pour édifier le cœur historique de la cité constituent aujourd’hui une véritable « ville parallèle » : celliers privés, galeries aux parois brutes creusées sur plusieurs niveaux, escaliers, caves richement décorées, voûtes à croisées d’ogives et… ossements ! Ce cadre insolite a d’ailleurs servi de décor à plusieurs films comme Les Rivières pourpres 2 ou La Neuvième porte. Mais Jean Reno et Johnny Depp n’auraient jamais tourné dans les sous-sols pontoisiens sans l’action d’une association de passionnés.

Sens dessus dessous

Dans les années 80, le centre ville de Pontoise est sujet à des effondrements et des infiltrations d’eau. En 1992, l’affaissement de trois immeubles marque les esprits. Des travaux de mise en sécurité des sous-sols doivent être effectués en urgence. Mais la plupart des accès sont murés et aucun plan des souterrains n’a jamais été dressé. En hommage à Edouard Alfred Martel – père de la spéléologie moderne né à Pontoise – une véritable chaîne de solidarité se met alors en place. Pendant dix ans, de 1988 à 1998, l’association Clan Spéléo Pontoisien, avec l’aide de 300 bénévoles, se mobilise pour déblayer les souterrains. Pas moins de 1 800 tonnes de terre de remblais sont ainsi évacuées à la main, puis passées au tamis. Un travail titanesque, qui a permis de faire la lumière sur l’histoire des souterrains.

Caves à tout faire

Au fil des siècles, les souterrains de Pontoise ont connu plusieurs vies : carrières de calcaire jusqu’au XIVe siècle puis galeries à usage militaire. Car Pontoise est, au Moyen-Âge, une ville fortifiée chargée de défendre Paris contre les invasions. Pour compléter son système de défense, elle exploite donc ses souterrains comme point de défense armée. Mais l’arrivée de la poudre au XVIIIe siècle a raison de ce rôle militaire. Les souterrains se voient alors attribuer d’autres fonctions : lieu de stockage et de conservation des marchandises, habitat troglodytique, refuge pour la population pendant la Deuxième Guerre mondiale et enfin – destinée moins glorieuse – dépotoir et fosse d’aisance.

Patrimoine

Mais les poubelles de l’histoire contiennent souvent des trésors : céramiques des XIVe et XVe siècles, ossements, pipes en terre, dès à coudre, à jouer… Les fouilles ont ainsi révélé les vestiges d’un passé jusqu’ici enterré. Un patrimoine qui n’a pas manqué d’attirer l’attention du ministère de la Culture qui a délivré à Pontoise le prestigieux label « Ville d’art et d’histoire » en 2006. Aujourd’hui, les souterrains ont fait leur « coming out ». Mis en valeur par l’office de tourisme de Cergy-Pontoise – Porte du Vexin, ils constituent un élément fort du patrimoine de la ville et de l’agglomération. Un atout rare et original en Île de France.