Vignes : les associations veillent aux grains

Publié le 23 octobre 2017

Contrairement à ses consœurs bordelaises ou bourguignonnes, la vigne cergypontaine n’est pas hautaine. Elle se contente de quelques mètres carrés à Jouy-le-Moutier et à Pontoise et des bons soins d’amateurs éclairés. Pourtant, une fois par an, elle se rend à un concours de beauté. Avec sa robe rouge, elle parade à la Foire Saint-Martin et se laisse déguster avec du hareng grillé.

 

La présence de la vigne dans la vallée de l’Oise remonterait au IXe siècle. Peut-être avant. Une chose est sûre, à la fin du XVIIIe siècle, la région est l’un des plus importants terroirs viticoles de France. Le climat et la qualité du sol façonnent un vin de table, de qualité inégale, appelé « Ginglet ». Aigrelet, âpre, pétillant, mais suffisamment gouleyant pour s’inviter à la table des rois. Le nom « Ginglet » viendrait de l’adjectif populaire « ginguet » – qui a l’esprit frivole – et donnera aussi le mot « guinguette ». Le Ginglet est donc un petit vin festif qui fait danser et tourner les têtes… Du moins, jusqu’à ce que le phylloxera décime la totalité du vignoble valdoisien au XIXe siècle. Mais c’était sans compter sur la ténacité de quelques associations de quartier.

La vigne des « irréductibles »

Pour renouer avec la tradition viticole, trois petites vignes ont été replantées sur le territoire de l’agglomération. À Pontoise, entre les rangées de pavillons, La Commune libre de Saint-Martin a planté 500 pieds de vigne en 2002. À Jouy-le-Moutier, l’association Le Coteau des Jouannes gère la culture de la vigne municipale, rue des Vignes Blanches. Un peu plus loin, sur la même commune, L’amicale du clos des Doucerons s’occupe de la vigne plantée cinquante ans plus tôt par la famille Thiberville. Ainsi, depuis 2007, les membres de l’association perpétuent la tradition. Et en chanson ! Les soirs de dégustation, ils entonnent ces quelques couplets pas piqués des hannetons :

« À Jouy l’Moutier, à la campagne
C’est là qu’on cultive le Ginglet
Que l’on prépare et que l’on soigne
Ce nectar légèrement aigrelet

Bois le Ginglet du Clos des Doucerons
Goûte, Goûte, Goûte, brave vigneron
Vide-moi ce verre que nous remplirons »

Le Ginglet réchauffe donc les cœurs à nouveau. Mais derrière ce folklore bon enfant se cache le savoir-faire d’une douzaine de familles.

saint vincent vigne Jouy-le-Moutier

Saint-Vincent, le patron des vignerons trône fièrement sur la façade du Bistrot du Théâtre à Jouy-le-Moutier

In vino veritas

Pour devenir grand, le petit Ginglet demande beaucoup de soin. Et ceci presque douze mois par an. De la taille aux vendanges, en passant par l’ébourgeonnage, le binage, l’attachage et la pose des filets, le travail de la vigne nécessite du temps et de l’expertise. Une fois embouteillé, le Ginglet devient un phénomène de foire. Depuis 1170, la tradition veut qu’à la Foire Saint-Martin on déguste le Ginglet accompagné de harengs grillés. À cette époque, les moines de l’abbaye de Saint-Martin avaient l’autorisation, pendant la foire, d’ouvrir dans la ville des tavernes et des dépôts de vin pour écouler la production de Ginglet. Tous les ans, la foire organise son traditionnel concours de vins locaux. Une occasion de « boire du vin sans se prendre la tête ». Enfin, façon de parler… D’ailleurs quand vient l’heure de distribuer les médailles, entre Le Clos des Doucerons, La Commune libre de Saint-Martin et Le Coteau des Jouannes, c’est une aimable foire d’empoigne. Alors levons notre verre – avec modération – et que le meilleur gagne !