Le sentier Berthe Morisot

Publié le 1 septembre 2014

Femme d’exception, figure de proue de l’impressionnisme, Berthe Morisot a tissé un lien étroit avec Maurecourt. Un lien perdu, puis retrouvé…

Nous sommes à la fin du XIXe  siècle. À l’époque, Maurecourt est encore un village de 400 habitants. Dans son tableau Le village de Maurecourt, Berthe Morisot (1841-1895) en montre quelques maisons, noyées dans la douceur du paysage. Si Berthe vient régulièrement y planter son chevalet entre 1870 et 1885, c’est que sa sœur ainée Edma – à laquelle elle est très attachée – y possède une maison avec son mari, toujours visible au 21 rue du Général de Gaulle.

Belle et rebelle
Pour les impressionnistes, pas question de rester enfermé dans son atelier à peindre des sujets historiques ou des envols de nymphes. Il faut au contraire s’inspirer de la vie quotidienne, saisir la vérité de l’instant, rendre les vibrations de la lumière… Berthe Morisot est l’une des figures du mouvement. Issue d’une famille fortunée et férue d’art – son père est préfet puis conseiller à la Cour des comptes, sa mère descend du peintre Fragonard – Berthe bénéficie, avec ses sœurs Edma et Yves (!), d’une formation artistique rarissime pour des jeunes filles de l’époque. Belle – elle sert à plusieurs reprises de modèle à Édouard Manet, avant d’épouser son frère Eugène -, rebelle et ambitieuse, elle ne veut pas de l’enseignement traditionnel. Elle fréquente plutôt l’atelier de Corot – un ami de ses parents -, avant de rejoindre le mouvement impressionniste. Elle en sera l’une des artistes les plus en vue, peignant avant tout des paysages et des scènes de la vie familiale, en utilisant souvent ses proches comme modèle. Aujourd’hui, la quinzaine de toiles peintes à Maurecourt sont présentes dans quelques-uns des plus grands musées du monde.

Mort et résurrection
À la mort de l’artiste en 1895, Maurecourt perd petit à petit le souvenir de Berthe Morisot. Mais, il y a quelques années, un habitant de la commune en voyage aux États-Unis tombe, dans sa chambre d’hôtel de Washington, sur une reproduction du Village de Maurecourt ! Aussitôt, branlebas de combat… La municipalité accompagne le « retour » de Berthe Morisot, donne son nom à la bibliothèque de la commune, puis participe à la création du sentier commenté qui porte son nom.
Il est vrai que les habitants de Maurecourt lui devaient bien ça. Dans une lettre que lui adresse son mari Eugène Manet, resté à Paris, ne lui écrivait-il pas : « Je me sens très esseulé sans vous ; votre joli ramage, votre joli plumage me manquent beaucoup. Faites en profiter les habitants de Maurecourt, qui ont l’air un peu triste… ».