Fériel Bakouri, le théâtre jeune et populaire

Publié le 12 juillet 2017

Fériel Bakouri, hier encore directrice-adjointe du Nouveau Théâtre de Montreuil, arrive à la direction de l’Apostrophe – Théâtre 95. Un parcours et un projet au service de la scène nationale et des habitants de Cergy-Pontoise.

L’Apostrophe et le Théâtre 95 fusionnent cette année en « Scène nationale de Cergy-Pontoise et du Val d’Oise ». L’occasion d’une nouvelle direction qui a été confiée à Fériel Bakouri, 44 ans. Elle va prendre officiellement ses fonctions courant août mais est déjà au travail depuis plusieurs semaines.

Les grandes scènes de banlieue

Fériel Bakouri est une professionnelle du théâtre dont la carrière s’est déroulée d’abord à la MC 93 de Bobigny puis jusqu’à maintenant au Nouveau théâtre de Montreuil. Avec d’autres – Nanterre, Gennevilliers, Aubervilliers…- ces deux scènes de l’ex ceinture rouge de Paris ont participé à un important renouveau théâtral à partir des années 1970. Le meilleur de la création dramatique s’est alors ancré dans les lieux populaires et multiculturels. Ils incarnaient et incarnent encore l’ambition d’un théâtre pour tous. La nouvelle directrice confirme qu’elle est imprégnée de ce contexte. « Ce qui me définit profondément c’est que je suis une passionnée d’art et de culture, mais obsédée par la conquête de nouveaux publics issus de classes sociales différentes ».

multiculturelle

Mais le bagage culturel de Fériel Bakouri s’est aussi forgé en amont de son entrée dans l’univers des théâtres de Seine-Saint-Denis. « Je suis née en Algérie de parent franco-algériens. J’ai été confrontée très tôt, et de manière positive, au multiculturalisme. Cela m’a habituée à articuler différents points de vue, c’est chose enrichissante ». En France, elle suit des études de philosophie, « ses humanités » comme elle dit. « J’aurais pu devenir prof car je pense que l’école et la culture ont la même mission ». Mais elle rencontre le spectacle vivant, qui l’enthousiasme « par sa capacité à soulever les grands enjeux de l’humanité » et déclenche sa vocation. La voici en 1998 stagiaire à la MC 93 de Bobigny… C’est parti !

Faire venir la jeunesse

De Cergy-Pontoise, Fériel Bakouri veut retenir en premier lieu la diversité sociale et la jeunesse de sa population. C’est pourquoi son projet vise en premier lieu les jeunes. « C’est une réussite déjà acquise de faire venir ici les jeunes dans le contexte scolaire ». Mais l’enjeu est aussi de les faire venir ensuite par eux-mêmes. D’où son projet d’une programmation qui parte des intérêts des jeunes, tels les jeux vidéo, et dont les formes leur sont familières, comme les cultures urbaines.

Echo du monde

Autre credo, l’ancrage de l’art dans le monde. Pour Fériel Bakouri, le théâtre est au cœur des grands enjeux.  « Face à une France qui risque de se couper en deux, ce théâtre doit au contraire fédérer, être un lieu de réconciliation ». Sensible aux discriminations, la directrice entend également faire une place à la condition féminine dans ses futures programmations. Elle a déjà obtenu l’accord de la chorégraphe Bouchra Ouizguen pour venir en résidence.

Engagement à long terme

De ses 14 années passées au Nouveau théâtre de Montreuil, Fériel Bakouri retient aussi une chose : il faut du temps pour mettre en œuvre un projet artistique. Or les défis qu’elle veut relever à Cergy-Pontoise sont importants. Alors elle le sait bien, elle peut-être là pour longtemps. « Le temps qu’il faudra pour voir des résultats » espère-t-elle.