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Edouard Ostin, chef de service du centre d’adaptation à la vie et au travail de Cergy

Publié le 3 avril 2025

Edouard Ostin, l’ex-môme du quartier Saint-Christophe, est aujourd’hui chef de service des centres d’adaptation à la vie et au travail (CAVT) de Garges-lès-Gonesse et Cergy, gérés par l'association HEVEA. Portrait d’un homme enthousiaste pour un métier qui l’est tout autant !

Édouard Ostin : chef de service au CAVT de Cergy. - © P. Raimbault - CACP

Bonjour Monsieur Ostin, afin de mieux cerner en quoi consiste votre métier, pouvez-vous nous préciser ce qu’est un centre d’adaptation à la vie et au travail, géré par l’association HEVEA ?

Oui, bien sûr ! Le but d’un centre d’adaptation à la vie et au travail (CAVT) est d’accompagner des jeunes et jeunes adultes déficients intellectuels de 16 à 25 ans, « orientés » par la MDPH du Val d’Oise (Maison départementale des personnes handicapées), dans leur projet d’insertion professionnelle soit en milieu ordinaire, en entreprise adaptée ou soit en milieu protégé de type ESAT (Établissement ou service d’aide par le travail). Il arrive aussi mais cela reste rare que nous orientons nos jeunes adultes vers des structures intermédiaires comme le CITVS (Centre d’Initiation au travail et à la vie sociale) ou le CITL (Centre d’initiation au travail et aux loisirs) car l’accompagnement dispensé par ces structures est plus adapté aux besoins de la personne. Mais, bon, je ne veux pas vous ennuyer avec tous ces sigles !

Même l’accueil du centre est assuré par les jeunes dans le cadre de leur apprentissage : ici, c’est Satou qui assure le service ! – © P. Raimbault – CACP

 

En tant que chef de service, c’est un peu vous le patron ici… Combien de jeunes avez-vous en suivi habituellement au CAVT de Cergy et quels sont les profils des personnes qui réalisent avec vous au quotidien cette mission « d’accompagnement » ?

Nous avons de la place pour accueillir 24 jeunes adultes que nous accompagnons pendant trois ans et demi en moyenne. Pour ce faire, je dirige à Cergy une équipe de sept personnes composée de trois éducatrices et éducateurs spécialisés, un éducateur technique spécialisé, une chargée d’insertion professionnelle, une assistante de direction et 1 psychologue. L’équipe de Garges-lès-Gonesse, dont j’ai la responsabilité également, est un peu plus importante et comprend notamment en plus une conseillère en économie sociale et familiale mais aussi un encadrant sportif et éducatif car nous pouvons accueillir là-bas 30 jeunes adultes. Il est important de mentionner que je suis sous l’autorité d’un directeur. Vous savez, je suis au courant de la situation et du parcours personnalisé de tous les jeunes ici. Et, au fil des mois, être « cadre de proximité », le « pilote » et le « témoin », en concertation avec mon équipe, de leur progression vers un mieux-être, envers eux-mêmes et en société, puis vers une plus grande autonomie… est une expérience enthousiasmante. Accompagner ces jeunes pour les aider à accepter et dépasser leur situation de handicap est un job qui me plaît énormément.

Les semaines sont rythmées pour chaque jeune autour de diverses activités et ateliers. Voici le programme de la semaine du 17 au 21 mars 2025. – © P. Raimbault – CACP

 

Comment procédez vous pour accompagner ces jeunes ?

Cet accompagnement se fait en trois temps. Premier temps, pendant 6 à 8 mois, ils se préparent à l’emploi et nous leur transmettons des savoir-faire et des savoir-être dans le cadre d’ateliers « professionnalisants » que nous animons ici en interne. De fait, les jeunes tournent sur six ateliers : un atelier cuisine, un atelier blanchisserie-laverie, et un jardin de 800 m² où ils se familiarisent avec les métiers du maraîchage et de la permaculture, et alimentent ainsi par leur propre production l’atelier cuisine, atelier de formation générale, un atelier de couture, un atelier habiletés sociales. Ces ateliers sont complétés chaque semaine par des temps pédagogiques de culture générale, des activités sportives, des temps de parole avec notre psychologue, et des sorties en immersion professionnelle en milieu protégé : en ESAT et en milieu ordinaire chez nos partenaires et encadré par un éducateur de l’équipe.

Dans un deuxième temps, nos jeunes, selon leurs capacités, vont se confronter, dans le cadre d’un stage collectif ou individuel, à une immersion professionnelle « réelle » en milieu ordinaire ou protégé. Ce sera pour eux l’occasion de conforter, ou « déconstruire » leur projet professionnel initial avec bien sûr, dans ce dernier cas, l’objectif de le réadapter au mieux de leur intérêt. Le soutien et la coopération des familles est d’ailleurs primordial durant toute cette période d’adaptation professionnelle.

Enfin, dans un troisième temps, si le stage est concluant, nous les aidons dans la recherche active d’une formation leur permettant d’obtenir de nouvelles compétences s’ils sont demandeurs ou directement d’un premier contrat : Intérim, CDD, CDI, CDDI…

L’atelier professionnalisant blanchisserie-laverie, comme d’autres activités, permet d’apprendre à maîtriser les gestes de différents métiers… – © Association HEVEA Cergy

 

Parlons de votre parcours à présent si vous le voulez bien. Comment devient-on chef de service d’un centre d’adaptation à la vie et au travail ?

Pour ma part, c’est un parcours un peu décousu. À 21 ans, après l’obtention d’un BAC compta, un BTS « Management des unités commerciales » et quelques années de travail dans le commerce, je n’étais plus à l’aise dans mon boulot. Je me suis vite rendu compte que je voulais travailler auprès des ados et ma porte d’entrée a été un poste d’assistant d’éducation. En parallèle, j’ai participé à des réunions de travail en tant qu’invité ponctuel à l’association École et Famille, où j’ai rencontré et échangé avec des éducateurs spécialisés. Cela m’a conforté dans mon choix d’évoluer professionnellement dans le secteur médico-social.

Et même dans celui de l’urgence sociale, puisque, si mes informations sont exactes, vous avez travaillé pendant cinq ans, de 2013 à 2018, au service d’accueil d’urgence (SAU) d’Arnouville, le « 115 pour mineurs », géré par le groupe SOS : premier acteur associatif de la protection de l’enfance en France !

Oui, c’est exact, et j’ai aimé cette mission de placement en urgence de jeunes pour les sortir de leur situation de grande détresse. Un travail très exigeant qui demandait un total engagement pour savoir prendre les bonnes décisions, parfois dans l’instant. Ces cinq années m’ont, de plus, permis d’obtenir ma certification d’éducateur spécialisé via une VAE (Validation des acquis de l’expérience).

Puis j’ai continué à progresser au sein du groupe SOS où j’ai gravi les échelons vers différents postes et un peu plus de responsabilité, jusqu’à devenir chef de service en 2020, du SAU, là où mon histoire a commencé. Après quoi…ayant estimé avoir fait le tour de la question de la « protection de l’enfance », et souhaitant m’impliquer plus sur le territoire de Cergy-Pontoise, j’ai postulé en novembre 2022 auprès de l’association HEVEA pour prendre en charge la gestion et l’animation de leurs deux centres d’adaptation à la vie et au travail (CAVT) à Garges-Lès-Gonesse et Cergy. Et, je ne regrette rien, bien au contraire !

Édouard Ostin : « Je reste convaincu que l’on n’arrive pas par hasard à travailler dans le secteur médico-social. Il faut avoir en soi une conviction. » – © P. Raimbault – CACP

 

Vous êtes aujourd’hui un acteur confirmé du secteur médico-social. Que pourriez-vous dire à des jeunes qui souhaiteraient aujourd’hui faire carrière dans ce secteur ?

Je leur dis qu’ils sont les bienvenus et qu’il est tout à fait possible d’y faire carrière. Certes, nos métiers ne sont pas assez valorisés, manquent parfois de visibilité et ne sont pas toujours aussi bien rémunérés qu’ils devraient l’être. Cependant, ils sont profondément humains et importants.

Je reste convaincu que l’on n’arrive pas par hasard à travailler dans des secteurs tels que la protection de l’enfance ou l’accompagnement de personnes en situation de handicap …. Il faut avoir en soi une conviction. C’était mon cas. Bien sûr, pour aider l’autre, il faut être soi-même bien équilibré, et selon moi avoir une bonne santé physique et psychologique. Mais quelle fierté et enrichissement quand les résultats sont là !

Merci Monsieur Ostin pour cette interview.

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