Hubert Jappelle, une vie au service du théâtre

Publié le 19 novembre 2020

Hubert Jappelle, fondateur du Théâtre de l'Usine à Eragny il y a plus de 40 ans, est décédé mercredi. Figure tutélaire du monde culturel cergypontain, metteur en scène infatigable, il avait répondu, en février, aux questions de 13 comme Une sur sa nouvelle création. En hommage, nous republions cette dernière interview.

Hubert Jappelle
Hubert Jappelle dans le hall du Théâtre de l'Usine © CACP

A Cergy-Pontoise on ne présente plus Hubert Jappelle. Aux premières heures de la ville nouvelle, il a fondé le Théâtre de l’Usine à Eragny. Sa création 2020, La Mère confidente, y est à l’affiche jusqu’au 15 mars. L’homme nous parle de sa pièce et revient sur ses convictions de metteur en scène. Interview.

Que pouvez-vous nous dévoiler de votre nouvelle pièce ?

Hubert Jappelle. La Mère confidente, pièce de Marivaux, a comme sujet central le rapport d’une mère et d’une fille. Comme toujours chez Marivaux on retrouve le lien entre argent et amour. Mais le sujet amoureux est cette fois prétexte à observer cette mère plutôt possessive et sa fille éprise. A l’heure du féminisme affirmé, j’ai trouvé cela d’actualité ! Sur les planches, on retrouvera les acteurs formidables de la compagnie avec notamment une ancienne élève du conservatoire de Cergy-Pontoise. Pour ce qui est du parti-pris de mise en scène, nous aurons une configuration bi-frontale c’est-à-dire une scène centrale avec le public de part et d’autre qui se fait face. Et une jauge de 150 places.

La pièce fait suite à vos précédentes adaptations d’Il ne faut jurer de rien, des Justes, de la Controverse de Valladolid. Rupture ou continuité ?

HJ. Comme auparavant, j’essaie de transmettre les œuvres du répertoire au plus grand nombre, et sans narcissisme. Mon école, c’est le projet culturel du Front Populaire et le Théâtre national populaire de Jean Vilar. Je suis toujours pétri de cet idéal qui consiste à faire un théâtre de qualité pour le plus grand nombre. Et pour assurer la transmission des grandes pièces de théâtre, il faut les jouer sur scène.

C’était cela votre projet en arrivant à Cergy-Pontoise ?

HJ. C’était il y a 40 ans, j’avais moi-même 40 ans et là, à 40 kilomètres de Paris, je me suis dit qu’il fallait poursuivre cette aventure du théâtre populaire. J’ai été aidé par le Centre d’action culturelle – le CAC, embryon de l’actuelle Nouvelle Scène nationale – et l’agglomération m’a confié l’ancienne usine dans laquelle nous sommes toujours. Mais mon projet ne s’est pas développé tout à fait comme je l’aurais cru. Les politiques culturelles d’Etat ont poussé à une industrialisation de la culture, privilégié la figure de l’artiste et décrété la « fin du socio-culturel ». Notre époque s’est révélée être celle d’une offre culturelle pléthorique mais où le public a été oublié. Cela dit j’ai pu continuer dans ma voie et ce qui m’encourage, c’est que le public est là, 15000 spectateurs par an, et que ce théâtre lui plait. Car on a comme responsabilité de plaire au public sans faire de concession démagogique.

Alors, bonne continuation ?

HJ. C’est surtout l’heure de la transmission de flambeau ! Mais le souhait commun est bien est de poursuivre dans cette veine, pour un théâtre qui demande beaucoup de vitalité de la part de ses acteurs, comme le veut la tradition du théâtre italien duquel est d’ailleurs issue La Mère confidente. C’est très difficile à jouer, les acteurs doivent engager toute leur passion de jeu et en même temps donner une impression de fluidité, comme s’ils improvisaient. Si la pièce est réussie, c’est ce que cela donnera.

La Mère confidente de Marivaux, mise en scène Hubert Jappelle

Du 28 février au 15 mars

Infos et réservations sur www.theatredelusine.net

 

Biographie

Biographie tirée du site de l’Union Internationale de la Marionnette 

Metteur en scène français, Hubert Jappelle étudia le violon, les arts plastiques (École nationale de Nancy) et se fixa à Avignon en 1957 où il poursuivit ses études aux Beaux-Arts. Il fonda sa compagnie en 1959, ouvrit une petite salle (Théâtre des Sources) en 1961 et devint l’un des pionniers du festival off d’Avignon.

De 1966 à 1968, il fut régisseur pour le festival d’Avignon, ainsi que pour les tournées du Centre dramatique national du Sud-Est. Ses recherches sur la marionnette commencèrent en 1968 et ses créations eurent lieu au Festival d’Avignon : Fin de partie de Samuel Beckett (1968) puis Les Chaises d’Eugène Ionesco (1970), La Maison brûlée d’August Strindberg (1973), Variations sur Macbeth de William Shakespeare (1975).

En 1971, il fut invité par Jean Vilar à participer au festival officiel où il créa une mise en scène pour marionnettes d’un petit opéra de Georges Aperghis puis, en 1978, une œuvre de Maurice Ohana. En 1975, sa troupe fut associée comme cellule de création au Centre d’action culturelle de Cergy-Pontoise, puis s’installa dans une ancienne papeterie d’Éragny-sur-Oise en 1978, devenant ainsi le Théâtre de l’Usine.

Au-delà de toute technique, Hubert Jappelle s’est d’abord intéressé au texte, à la qualité de son interprète et à la perception du public qui, ensemble, créent le spectacle dramatique. Le choix d’un lieu non théâtral a permis de créer un environnement pour chaque spectacle et la marionnette a été régulièrement choisie pour interpréter les grands auteurs dramatiques ou littéraires de tous les temps (Ben Jonson, Sophocle, Franz Kafka, Marcel Aymé, Karl Valentin, Nicolas Gogol, Charles-Ferdinand Ramuz).

Également pédagogue, Hubert Jappelle a été chargé de cours à l’université de Paris-VIII SaintDenis puis à celle de Paris-X Nanterre, à la Comédie de Caen, ainsi qu’au Conservatoire national de région de Cergy-Pontoise. Il a écrit Les Enjeux de l’interprétation théâtrale (L’Harmattan, 1997).