La justice en son palais

Publié le 25 janvier 2018

Cité judiciaire depuis le Moyen-Âge, Pontoise a la justice dans le sang. Divine, royale puis communale, elle a laissé son empreinte sur de nombreux monuments. Aujourd’hui, la justice siège en haut d’un belvédère. Un passé dont la ville peut être fière.

Pontoise est une terre de justice depuis le Moyen-Âge. Alors l’une des principales villes du royaume, elle exerce une justice royale, religieuse et communale. L’unification du système judiciaire sous la Révolution ne met pas un terme à son rayonnement. Au contraire ! En 1791, le Tribunal civil de Pontoise s’installe en lieu et place du Grand Vicariat – l’ancien tribunal ecclésiastique. Un symbole fort de la laïcité républicaine.

Les mille et une vies du tribunal civil

En 1886, le Tribunal civil déménage place Nicolas Flamel, dans un bâtiment imaginé par Albert Petit, l’auteur des Palais de Justice de Rambouillet et Mantes. De facture néo-classique, l’édifice accueille successivement le Tribunal d’instance, le Tribunal de commerce et la Cour d’assises. Faute de place, le Tribunal civil est transféré dans un nouveau bâtiment en 1934. L’œuvre des architectes Bader et Bénard est d’inspiration Art déco et rend hommage à l’école allemande du Bauhaus. Sa conception radicalement nouvelle de l’art et de l’architecture défend une esthétique simple, fonctionnelle et accessible au plus grand nombre. Face à une demande judicaire croissante, le tribunal est maintes fois agrandi et se voit même pousser deux ailes. Malgré les efforts consentis, le tribunal est encore trop petit. Victime de deux incendies, accidentel en 1986 et criminel en 2002, il sera finalement démoli.

tribunal de Pontoise - façade art déco

La façade Art déco du tribunal édifié en 1934 place Nicolas Flamel

Autorité et transparence

Au début des années 90, le système judiciaire pontoisien est au bord de l’asphyxie : les procédures judiciaires se multiplient, le Palais de Justice vient de brûler, les juridictions sont dispersées et se profile la menace d’un transfert à Cergy… Face à ce constat, l’État lance la construction d’un bâtiment qui regrouperait toutes les juridictions, à la place de l’ancienne et lugubre prison. Le concours, lancé en 1997, est remporté par Henri Ciriani. Pourquoi lui ? Pour son audace, sa vision et sa capacité à prendre en compte les irrégularités du terrain (en forme de sablier) et les contraintes de la topographie (12 mètres de dénivelé) – sans parler des enjeux territoriaux, politiques et administratifs. Pour l’architecte, la réussite du projet « ne naît pas du lissage de ces contraintes mais de leur harmonieuse résolution« .

Tribunal de Pontoise

La cité judiciaire en construction, au début des années 2000

Inaugurée avec 18 mois d’avance

Les travaux commencent en 2002, mais l’incendie criminel du Palais de Justice va bousculer le calendrier. Fin 2005, la cité de béton, de verre et de bois est inaugurée avec 18 mois d’avance. Du jamais vu ! Elle regroupe la Cour d’assises, les tribunaux d’Instance, de Grande Instance, de Commerce, le Tribunal pour enfants et le Conseil des prud’hommes. Ce qui en fait le plus grand Palais de Justice d’Île-de-France (à l’exception de Paris) et sans doute l’un des plus salués : ses volumes, l’ampleur des espaces d’accueil, la qualité des matériaux… L’autorité et la transparence de la justice se traduisent par des formes pures, un mobilier imposant et de grandes baies vitrées. Un lieu monumental, mais aussi hospitalier où le justiciable ne se sent pas condamné avant d’avoir été jugé. Avec son belvédère, le monument s’impose dans le paysage pontoisien. Le pari est réussi : on y voit loin et on est vu de loin.